La danse du coucou
Auteur Aidan CHAMBERS Lecture Mars 2011
Edition Seuil Création Fiche Mars 2011
Parution 1982 (VF 1983)
Origine Angleterre
Traduction J.-P. Carasso


Henry Robinson est poursuivi pour dégradation de sépulture, plus exactement pour avoir dansé sur la tombe de son ami Barry Gorman, décédé il y a peu.
Le juge pour enfant nomme une psychologue pour étudier le cas du jeune Henry. Mais Henry se tait, il s'ancre dans le silence.
Mais en lui, tout se remet en place.
Henry a seize ans, il vient tout juste d'arriver avec ses parents dans le Southend, quartier sud de Londres, au bord de la Tamise. Il a peu d'amis, seulement Spike avec qui il fait de la voile ; et un mentor, Mr. Obson, son professeur de lettres anglaises. En fin d'année scolaire, Henry sort seul avec le dériveur de Spike, dessale et se retrouve en mauvaise posture. Arrive Barry Gorman, de deux ans son aîné, beau comme un Ange, fort comme un Héros, à l'aisance divine. Barry ramène Henry et son bateau à bon port et invite son nouvel ami à venir se remettre de ses émotions chez lui. Et ce soir-là, Barry "offre un souvenir de Southend" à Henry. Son meilleur souvenir, sa première nuit d'amour. Henry a toujours cherché l'ami idéal, celui avec lequel on se tranche le poignet pour échanger son sang. Il vient de le trouver, et même mieux. Un grand serment, Barry lui en fait un : "si l'un d'eux décède, l'autre ira danser sur sa tombe". Au soir d'une dispute des deux amants, Henry s'enfuit chez lui. Barry tente de le rejoindre à moto, et périt dans un accident de la circulation.
Henry tient sa promesse.



Roman très bien écrit. La construction est assez déroutante, mais finalement (je veux dire quand on arrive en fin de livre), on se rend compte qu'elle est particulièrement bien conçue et adhère totalement au propos du roman.
Le sujet pourrait paraître triste, une belle histoire d'amour qui finit tragiquement très rapidement, et pourtant il y a beaucoup d'optimisme dans ce livre et beaucoup d'espoir, car finalement, Henry transmettra le souvenir de Southend à Spike et la fin devient début.
Tout est traité avec beaucoup d'humour et de circonspection. La psychologie des personnages est juste, et chacun est dans son rôle. Chambers garde son lecteur en haleine jusqu'à la fin du roman. Il en profite pour égratigner les tenants de l'intolérance, qui ne sont pas toujours ceux auxquels on pense. Le vieux professeur de lettres anglaises, archétype de l'anglais "old fashion", se montre finalement très juste et permissif, une vraie main tendue quand Henry est au plus mal. La psychologue est plutôt à la "ramasse", obnubilée par les théories académiques, loin des émois de son patient. Et j'ai adoré la salve contre l'intolérance religieuse et les tenants de coutumes éculées et obsolètes :
- La coutume, quelle coutume ?
- Mais la coutume juive, bien sûr. Barry était juif, tu devais bien le savoir, tout de même !
- [...] Mais Barry n'était pas pratiquant. Il n'allait pas à [...] la sinagogue.
- Ca n'a rien à voir.
- Bien sûr que ça a à voir. Il était comme moi. Il ne croyait pas à la religion. ni en Dieu d'ailleurs. [...] Alors quelle importance aujourd'hui de vieilles coutumes dépassées auxquelles il ne croyait pas ?
- Dépassées ?
- Bien sûr ! Les indiens Outina d'Amérique du sud scalpaient les cadavres de leurs ennemis, leur brisaient les os des bras et des jambes, ficelaient les corps pour en faire une espèce de baluchon qu'ils laissaient sécher au soleil avant de leur tirer une flèche dans le cul. D'après toi, les habitants d'Amérique du sud devraient le faire encore aujourd'hui parce que les Outina le faisaient ? [...] Au Moyen Age, dans notre belle Europe si civilisée, on faisait parfois bouillir les cadavres pour les débarasser de leur chair de manière à ce que les os soient aisément transportables dans les bagages. C'est qu'on tenait à conserver les os dans des endroits spéciaux, comme des espèces de bibelots qui auraient une valeur sentimentale. Tu trouves qu'on devrait encore le faire ? C'était une coutume très répandue parmi nos ancêtres.
- Tu es répugnant.
- Mais puisqu'ils le faisaient ! [...] Barry n'avait rien à secouer des coutumes religieuses. (P. 240 - 241).


Dommage le choix du titre français. "Danse sur ma tombe", traduction littérale du titre original (Dance on my grave), aurait été plus judicieux, surtout que "coocoo" en Anglais veut dire "dingo" (dans le sens "fou, retardé mental").



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