Vingt trois zéro cinq
Auteur Didier MALHAIRE Lecture Janvier 2017
Edition Eds du Chameau Création Fiche Février 2017
Parution 2016
Origine Français
Traduction  



"Mes mots, ils battent comme des bêtes dans l'enclos mort de mes oreilles et ils remontent jusqu'à mon front. Ils s'y entassent. Ils tapent. Ils gigotent. Ils s'amassent les uns par-dessus les autres. Un jour, je me dis que mon front, il va se lézarder sous la poussée de tous ces mots."
D. Malhaire, Vingt trois zéro cinq

Dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (comme on dit maintenant), un vieux somnole devant la TV, va du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil, ... Le babillage de ses oreilles, les remontrances de ses yeux, et d'autres voix intérieures résonnent dans sa tête, et ces conversations meublent ses journées. Il pense à Luigi qui est parti soudainement. C'est qu'à l'hospice Jaubert, son amitié particulière avec Luigi avait fait scandale auprès des autres vieux et de l'acariâtre surveillante chef. Mais Luigi est parti et lui est resté... jusqu'à l'arrivée de ce bristol de Luigi : "Villa Carlotta Saint Thomas de la Mer, je t'y rejoindrai."
Alors le vieux, Vieni (vient en italien) comme l'appelait Luigi, s'évade avec Yvette, une vieille de l'hospice, en chimiothérapie. Ils road-movient jusqu'à la villa Carlotta, un ancien claque délabré de bord de mer, aux relents de moisissures, le jardin envahi par les ronces. Yvette devient Rita, une ancienne pensionnaire de la villa, au temps glorieux où l'Italienne, mère de Luigi, menait ses filles. Villa Carlotta où Vieni et Luigi, adolescents, se sont aimés pour la première fois...
Vieni attend Luigi... Car Vieni a toujours attendu Luigi, même dans ses rêves, surtout dans ses rêves, les chiffres gravés sur son bras trottant dans sa tête, vingt trois zéro cinq ...


Ce deuxième roman de Didier MALHAIRE, après l'excellent "Le roi du lard", confirme le talent de cet auteur. Vingt-trois Zéro Cinq est difficile à lire, mais maîtrisé et d'une poésie infinie. Difficile parce que l'auteur ne nous donne pas toutes les clés, il laisse notre imagination remplir les blancs laissés par les non-dits, combler les vides d'ellipses littéraires. Maîtrisé car l'auteur sait où il conduit son lecteur, malgré les méandres et les contours, les circonvolutions des errances de Vieni. Poétique, car si les deux premiers chapitres sont lents, longs, lancinants, comme la vie dans un EHPAD, si ces deux chapitres sont crûment une description lucide de l'ennui et de la peur des pensionnaires, un rapport anatomique du délabrement des organes, de la déliquescence des fonctions, de la ruine du corps, de la perte de tout espoir, les chapitres suivants, l'escapade et l'attente, chapitres plus courts dans lesquels les mots chantent les uns après les autres dans la tête de Vieni, sont une résurgence de l'amour et du paradis perdu. Et MALHAIRE sait si bien parler de l'amour : "Vieni. Luigi. Ils se frôlent. Ils s'esquivent. Ils amadouent leur désir. Ils dessinent des lèvres, des cils, de leur souffle. Ils se faufilent. Ils glissent l'un dans l'autre. Ils s'éternisent. Ils ignorent les heures, les dangers. Ils ignorent les frontières. Ils parcourent tous les chemins. Ils effacent les interdits. Ils ne savent rien. C'est ça, ils bougent dans l'incertain des buissons de leur amour. Leur amour est un jardin. Personne n'y a jamais pénétré. Un jardin enclos. Luigi. Son visage enfoui dans le cou de l'autre. Il soupire. Il boit l'odeur secrète du cou de Vieni. Il se ressource. Il se redresse. On dirait qu'il a parcouru des kilomètres en terres inconnues. La peau de Vieni. Luigi."




Vous avez lu ce livre et voudriez ajouter un commentaire ? Postez-nous votre avis et nous le publierons prochainement.

L'avis de nos lecteurs :


RETOUR PAGE ACCUEIL
Accueil HomoLibris