Après l'intrigue légère
et le suspense facile, mais plaisants, du "Plongeon",
Delorme nous entraîne maintenant dans un polar bien construit,
autour d'une intrigue profonde et d'un suspense haletant, le tout ficelé
de main de maître. A propos de "La quatrième révélation",
d'aucuns ont parlé d'un "Da Vinci Code" Gay,
pour moi, on serait plus proche d'un juste milieu entre "Le
nom de la rose" et "Le pendule de Foucault",
avec une écriture plus facile que celle de Maître Eco,
mais une aussi grande érudition !
Delorme a amélioré son style (déjà pourtant
agréable), fluidifiant sa narration sans préjudice à
la beauté de la lettre ; le tout est très agréble
à lire, que dis-je à dévorer ! La construction
du roman est également bien gérée : découpage
en quatre chapitres équilibrés, passant du narrateur calme
et impavide (chapitre 1) au "je" passionné du juge
Bergeret (chapitre 2), pour revenir au narrateur (chapitres 3 et 4).
L'auteur intercale narration, citations, tantôt fantaisistes (il
paraît quand chez H&O le "dictionnaire gay de la mythologie
Grecque" ?), tantôt réalistes (mais non pas le "dictionnaire
des aventuriers" de Patrick Denfer !), et traductions des différents
feuillets du manuscrit de Trophonios. Tout ceci avec beaucoup d'humour
: un président qui s'appelle Larsouille et qui a passé
toute sa vie politique sans comprendre grand chose aux affaires de l'état,
mais en cultivant son don d'éliminer ses concurrents, surtout
s'ils appartiennent à la même famille politique, ça
ne s'invente pas !
Et puis quelle trouvaille ! Faire cohabiter une histoire politico-policière
avec une recherche historico-religieuse dont la gaytitude est le trait
d'union. Chapeau ! Et puis, tout s'imbrique magnifiquement, la machinerie
est bien huilée, et quand vous vous attendrez à la chute
d'un chapitre, détrompez vous : ce sera pire que ce que vous
imaginiez et le retournement de situation vous explosera à la
face.
Chapeau aussi pour la défense des milliers de Matthew Sheppard
tabassés par des millions d'abrutis footbalistiques roteurs de
mauvaises bières simplement parce qu'un "pharisien borné,
complexé et retors" sous l'emprise du "Lévitique,
texte le plus cruel et le plus stupide de toute l'Histoire de l'Humanité"
a propagé une réligion intolérante tournée
vers la seule idée de péché.
Bref, une réussite, ce roman est la surprise de la rentrée.
A lire absolument, que vous soyez gay ou non, pourvu que vous ayez l'esprit
ouvert et que vous soyez
un tantinet iconoclaste ! Et puis, en cadeau vous aurez la recette de
la kakavia !
*
La moraline : Frédéric Nietzsche faisait
la différence entre la morale, celle des Grecs, celle qui provient
d'une éthique, d'une réflexion personnelle, d'exigences
à son propre égard, et la moraline, forme dégradée
de la première par le judéo-christianisme qui lui substitue
une série de règles formelles et de système de
culpabilité, remplaçant du même coup la responsabilité
individuelle par l'observance de recettes. Bref, la moraline serait
un peu à la morale ce qu'est Mireille Mathieu à la Callas,
Larsouille au général de Gaulle ou une soupe de poisson
Liebig à la kakavia (note de O.D., comm. perso.)